Du 22 au 28 septembre, notre extraction a relevé 314 prises de position dans 7 vidéos, chez 7 candidats, sur 29 sujets. L'événement de la semaine est le premier débat de la primaire de la gauche sur LCI le 23 septembre, trois heures et cinq candidats, dont trois que nous suivons : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal, qui fait son entrée dans l'observatoire. Bruno Retailleau a livré l'entretien le plus dense de la semaine (67 positions face à Darius Rochebin), et deux instituts ont publié des sondages.
Le premier débat de la primaire : ce qui les rapproche
Nous avons attribué chaque tour de parole à son orateur avant d'extraire les positions : 51 pour Faure, 55 pour Glucksmann, 42 pour Royal. Les deux autres candidats ne font pas partie de notre liste de suivi et leurs interventions ne sont pas comptées. Les sujets les plus disputés :
- Rétablir l'ISF, chacun avec son adjectif. Faure : « c'est en augmentant les impôts qu'on y arrivera, en rétablissant les impôts qui ont été supprimés ». Glucksmann : « il faut réintroduire un ISF climatique. Réintroduisons d'abord l'impôt de solidarité sur la fortune. C'est 5 milliards d'euros qui avaient été supprimé par Emmanuel Macron ». Royal : « je ne vous parlerai d'aucun impôt nouveau, sauf le rétablissement d'impôts de solidarité sur la fortune financière qui existait et qui a aucune raison qu'il ne soit pas remis ».
- Démondialiser, le mot est repris d'un candidat à l'autre. Glucksmann : « le nouveau socialisme, il doit se reconstruire autour de la démondialisation. On relocalise la production ». Royal : « au cœur de ma campagne cette histoire de démondialiser. Produire mieux, ça veut dire relocaliser la production. » Glucksmann précise qu'il n'est « pas un décroissant » : « On doit produire plus dans ce pays. »
- Conditionner les aides aux entreprises. Faure : « il y a pas besoin d'exonération de cotisation sociale ou d'aide sur une grosse entreprise qui réalise beaucoup d'argent ». Royal : « toute entreprise qui distribue des dividendes n'a plus droit aux exonérations sociales qui constituent l'essentiel des aides aux entreprises ».
Et ce qui les sépare
- Le carburant, mesure générale ou ciblée. Royal défend un blocage pour tous : « ma proposition, c'est de stabiliser à 1,70 € » jusqu'au 31 décembre, et assume la critique : « on va pas priver tous les Français d'une baisse des taxes sur l'essence et du blocage de l'essence à 1,70 € jusqu'au 31 décembre ». Faure vise les marges et refuse l'aide uniforme : « il faut éviter de donner des aides qui soient généralistes et qui finalement touchent aussi bien celui qui roule avec une Rolls-Royce que celui qui roule avec une Clio ». Glucksmann propose « le triplement du chèque énergie dans l'urgence » et une baisse de TVA présentée comme « une mesure transitoire ».
- L'Ukraine. Sur notre axe, Faure et Glucksmann sont à +1,5 et +1,8 (soutien affirmé), Royal à +0,8. Faure : « je suis fier que la France continue à livrer des armes à l'Ukraine. » Glucksmann s'en prend à « la complaisance avec Vladimir Poutine » qu'il reproche à La France insoumise. Royal, elle, insiste sur le rôle de la France à l'ONU « pour l'arrêt des guerres toujours » (entretien au Figaro, le 20).
- Le Proche-Orient. Glucksmann « se bat pour que enfin il y ait des sanctions contre le gouvernement israélien » ; Royal va plus loin sur BFMTV le 24 : « à Gaza il y a un génocide puisque les mots ont leur sens. qu'il faut rompre l'accord Israël Union européenne ».
Retailleau chiffre son programme
Face à Darius Rochebin le 22 septembre, Bruno Retailleau a donné des ordres de grandeur rares à ce stade de la campagne. Sur la dépense : un objectif de 150 milliards d'euros d'économies sur cinq ans, « exactement l'objectif cible sur 5 ans d'économie que je souhaite faire et je suis prêt à m'en expliquer », en commençant par l'État : « Il faut aussi s'attaquer à l'État. Je m'y attaque comment ? D'abord en réduisant le nombre d'agents publics. » Il évoque environ 300 000 départs à la retraite non remplacés sur le quinquennat. Sur le travail : « je supprimerai les cotisations sociales à partir de la 36e heure pour le salarié et pour l'entreprise », et un plafonnement des prestations sociales cumulées à 70 % du SMIC. Sur les retraites : « L'âge minimal de départ à 63 ans sauf pénibilité aux maladies. La liberté de départ avec retraite mais partielle entre 63 et 65 ans. L'âge de départ avec retraite pleine à 65 ans. » C'est, sur notre axe dette et dépense publique, la position la plus tranchée de la semaine (−2).
1,70 € : le prix que la gauche se partage
Le même chiffre est sorti à deux endroits. Chez Jean-Luc Mélenchon, face à Politico le 24 : « je bloque les prix à 1,70, je bloque les loyers et cetera », au nom d'un « état d'urgence sociale » qui donnerait des pouvoirs exceptionnels à l'exécutif. Chez Ségolène Royal, dans le débat de la veille et de nouveau sur RMC et BFMTV le 24, où elle demande à Total de « bloquer vos marges à ce niveau-là », celui d'avant la flambée. Mélenchon a aussi redit sa position sur l'OTAN, « Non non non et non. Il ne peut pas être question. », et proposé « un centre public » pour décider des usages de l'intelligence artificielle.
Aussi cette semaine
- Bruno Le Maire (franceinfo, 28 sept.) : « une nouvelle 5e République avec des institutions totalement refondées », et une Europe resserrée, une fédération d'États-nations à six plutôt que l'Union à vingt-sept.
- François Ruffin face aux outre-mer (23 sept.) : « la France dans sa totalité doit avoir pour but de sortir des énergies fossiles », et un « complet sous-investissement » dénoncé sur l'éducation à Mayotte.
Deux sondages, deux lectures
Harris Interactive (terrain du 22 au 24 septembre) et Cluster17 (15 et 16 septembre) ne racontent pas tout à fait la même course. Chez Harris, Marine Le Pen est à 35 ou 36 % selon les hypothèses ; chez Cluster17, à 30 ou 31 %. Édouard Philippe est à 16 % chez Harris, à 19 ou 19,5 % chez Cluster17. Dans l'hypothèse Harris où Glucksmann, Attal et Philippe sont tous testés :
Le point commun des deux instituts : quand Attal et Philippe sont testés ensemble, Attal tombe à 5 % chez Harris, alors qu'il atteint 12 à 13 % quand Philippe est absent. Cluster17 est le premier à tester François Hollande, à 7,5 %, et David Lisnard, à 5 %. Tous les scénarios sont sur la page sondages.
Ce que nous n'avons pas compté
Cinq vidéos ont été écartées par notre garde-fou d'attribution, dont un plateau d'Europe 1 sur Mélenchon et plusieurs montages de commentaires sur Ségolène Royal. Trois doublons ont été détectés et comptés une seule fois : la matinale de Royal diffusée à la fois sur RMC et BFMTV, l'interview d'Attal sur BFMTV republiée sur sa chaîne, et la chaîne officielle du PS qui a mis en ligne le même débat que LCI. L'entretien de Marine Le Pen au Playbook de Politico (24 sept.) n'a pas pu être exploité : YouTube n'en fournit qu'un fragment de sous-titres.
Les positions citées sont extraites automatiquement des transcriptions, chacune adossée à une citation verbatim horodatée et vérifiable sur la fiche du candidat. Les moyennes par sujet sont des moyennes brutes des positions relevées sur la semaine, non pondérées. Les sondages proviennent de l'agrégation Wikipédia (CC BY-SA).