Du 7 au 11 septembre, notre extraction a relevé 678 prises de position dans 19 vidéos, chez 9 candidats, sur 32 sujets. Trois candidats de droite et du centre droit ont parlé longuement cette semaine : Bruno Retailleau (long entretien « Objectif Élysée » sur Europe 1 le 8), David Lisnard (BFMTV le 8, discours de rentrée prononcé à Cannes le 29 août et mis en ligne le 10) et Gabriel Attal (franceinfo le 9). Le même jour, un sondage OpinionWay testait pour la première fois depuis la rentrée Édouard Philippe et Gabriel Attal dans un même scénario.

Précision de comptage : l'entretien Europe 1 de Bruno Retailleau a été mis en ligne en trois versions (Europe 1 le 8 et le 9, sa propre chaîne le 8), et l'entretien BFMTV de David Lisnard en deux (BFMTV et sa chaîne). Nos compteurs par candidat les additionnent ; les chiffres ci-dessous sont donc à lire comme un volume de déclarations, pas comme un nombre de propositions distinctes.

Ce sur quoi ils disent la même chose

Sur cinq sujets, les moyennes de la semaine des trois candidats sont presque confondues. L'axe va de −2 à +2 ; le sens de chaque axe est rappelé entre parenthèses.

  • Dette et dépense publique (−2 = rigueur, +2 = relance par la dépense) — Retailleau −0,9, Lisnard −1,5, Attal −1. Lisnard chiffre : « un plan de 80 milliards de baisses la première année pour être au moins 200 milliards en fin de quinquennat ». Attal : « Avant de regarder les impôts ou les taxes qu'on augmente, je préfère regarder les économies qu'on peut faire ».
  • École (−2 = autorité et fondamentaux, +2 = moyens et pédagogie) — Retailleau −1, Lisnard −0,7, Attal −0,8. Attal revendique « le redoublement » et « les groupes de niveau » ; Lisnard veut « créer de la compétition entre établissements » ; Retailleau « des écoles innovantes qui seraient publiques, donc gratuites et autonomes ».
  • Assurance chômage — tous trois à −1 : Attal propose de « réduire la durée d'indemnisation chômage » vers la moyenne européenne, Retailleau et Lisnard parlent d'« assistanat ».
  • Laïcité (+2 = laïcité stricte, assimilation) — Retailleau +1,7, Lisnard +1,8, Attal +1,5. Attal défend la loi de 2004 et l'interdiction de l'abaya ; Retailleau : « le voile est aussi un signal de séparatisme en même temps que de soumission de la femme » ; Lisnard veut « fracasser, détruire, s'attaquer aux dynamiques islamistes ».
  • Financement de la Sécu — les trois autour de −1,1, c'est-à-dire des économies sur la dépense sociale pour baisser les cotisations.

Où ils se séparent

Les écarts apparaissent moins sur les valeurs que sur le degré et sur la méthode.

  • Retraites (−2 = report de l'âge, +2 = retour à 60-62 ans) — c'est la divergence la plus nette : Retailleau −1,6 (« la retraite à 60 ou 62 ans […] c'est ce qui appauvrit la France »), Lisnard −0,8, Attal +0,5. Attal propose de « supprimer l'âge légal de départ et ne garder que la durée de cotisation », une position qui ne se range pas dans l'axe classique.
  • Fiscalité (+2 = baisse d'impôts) — Lisnard en a fait le cœur de sa semaine : 18 positions, moyenne +1,6, de la CSG des actifs à la C3S en passant par l'héritage (« totalement libérer l'héritage, que chacun puisse attribuer à qui il veut »). Attal se tient à +0,5 sur 2 positions, Retailleau à +1 sur 2.
  • Le référendum — Retailleau y consacre 12 positions : un référendum sur l'immigration et la politique pénale, et « que le peuple ait le dernier mot sur les décisions des juges du Conseil constitutionnel ». Lisnard veut « le référendum d'initiative populaire […] comme en Suisse ». Attal n'en parle qu'une fois, pour réduire le nombre de parlementaires.
  • La décentralisation — c'est le sujet propre de Lisnard (13 positions, +1,7) : « Il faut décentraliser, il faut débureaucratiser, il faut déréguler », et une formule qui vise tout le monde : « ils sont tous étatistes de Mélenchon à Le Pen ». Retailleau ne l'applique qu'à l'école (« un contrat avec le rectorat, pas avec Paris »).
  • Immigration et justice — Retailleau et Lisnard sont à +1,9 sur les peines et à +2 sur l'immigration ; Attal n'a pas abordé ces deux sujets dans son entretien. Retailleau va le plus loin : « Abrogation du droit du sol », majorité pénale à 15 ans, suppression du juge d'application des peines.

Trois offres, un même sondage

OpinionWay a interrogé 1 001 personnes les 8 et 9 septembre, dans trois scénarios de premier tour. Marine Le Pen obtient 34 % dans les trois. Le reste dépend de qui est testé :

  • Édouard Philippe seul (sans Attal) : 19 % ; Retailleau 10 %.
  • Gabriel Attal seul (sans Philippe) : 14 % ; Retailleau 12 %.
  • Philippe et Attal ensemble : 15 % et 8 % ; Retailleau 8 %.

Le scénario où les deux sont présents :

Le Pen34
Mélenchon15
Philippe15
Glucksmann9
Attal8
Retailleau8
Zemmour4
Tondelier3
Dupont-Aignan2
Roussel2

Autrement dit, Philippe et Attal réunis totalisent 23 %, soit plus que chacun seul, mais aucun des deux n'approche alors Mélenchon pour la deuxième place. C'est dans ce contexte que Gabriel Attal qualifiait le 9 septembre sur franceinfo un éventuel rapprochement avec Édouard Philippe de « tambouille politicienne ». Depuis le 1er septembre, en moyenne de tous les scénarios testés : Le Pen 33,5 %, Philippe 17,6 %, Mélenchon 16,2 %, Glucksmann 11,5 %, Attal 11,2 %, Retailleau 8,4 %.

Aussi cette semaine

  • Fabien Roussel, première semaine complète de campagne : 116 positions dans quatre émissions, dont 81 dans « La Grande Confrontation » de LCI. Il y chiffre « un fonds public de 500 milliards d'euros sur 5 ans », demande « l'embauche de 60 000 policiers », défend une VIe République et un mix « renouvelables et nucléaire ». Côté sondages, OpinionWay des 8 et 9 septembre est la première enquête réalisée après sa déclaration du 6 : il y est crédité de 1 à 2 %, contre 2 à 3 % la semaine précédente chez le même institut.
  • Nicolas Dupont-Aignan entre dans la base avec ses premières positions issues d'une chaîne de presse (58, BFMTV le 8). Il se dit « le seul à proposer une sortie de l'Union européenne », défend « un protectionnisme » et résume sa ligne sur l'Ukraine : « Je ne combats pas Poutine en Ukraine, je fais la paix ».
  • Marine Tondelier, 66 positions (Les Écologistes, LCI, franceinfo) : « deux périls qui menacent la France […] l'effondrement écologique […] et la montée de l'extrême droite », et une taxe sur « les super profits des pétroliers ».
  • Olivier Faure, 32 positions (RMC, BFMTV) : hausse du SMIC, conférence tripartite pour « conditionner les aides aux entreprises à des efforts sur les salaires », et la taxe Zucman « dès le budget qui est en discussion ».
  • Bruno Le Maire n'a livré que 2 positions exploitables (CNEWS), dont la voie professionnelle « sortie de l'Éducation nationale pour être confiée aux régions ». Sa proposition de maternelle à un an, largement commentée, l'a surtout été par d'autres que lui : les plateaux qui en débattaient sans lui sont écartés par notre garde-fou d'attribution.

Les positions citées sont extraites automatiquement des transcriptions, chacune adossée à une citation verbatim horodatée et vérifiable sur la fiche du candidat. Les moyennes par sujet sont des moyennes brutes des positions relevées sur la semaine, non pondérées. Les sondages proviennent de l'agrégation Wikipédia (CC BY-SA).